BEETHOVEN ELISABETH LEONSKAJA, PIANO

24.05.20

Dimanche : 17H30

Testament spirituel

Datées des années 1820-1822, les trois dernières sonates de Beethoven sont considérées comme le testament spirituel de Beethoven. Rflétant « des états affectifs caractéristiques du compositeur pendant l’édification de sa Missa
solemnis » (Claude Rostand), ces opus 109 à 111 sont vus par certains comme les fruits d’un dé relevé par Beethoven, piqué sur le vif par un article malveillant de l’Allgemeine Musikalische Zeitung le présentant comme mort à la vie musicale de son temps.

S’il ne fallait en retenir qu’une, comme un symbole: l’opus 111. Bien que composée de deux mouvements seulement, l’œuvre est aux yeux d’Etienne Barilier la plus équilibrée et la plus achevée des trois. « Après avoir exprimé dans son premier mouvement toute la révolte et tous les tourments du monde, note le musicologue dans le magnifique livret de l’enregistrement Claves de Cédric Pescia, elle atteindra, dans son deuxième et dernier mouvement, une sérénité suprême. Après la brûlure de la question, l’eau fraîche de la réponse. Dans son Docteur Faustus, Thomas Mann fait dire à l’un de ses personnages, le musicien Kretzschmar, que cette sonate profère le dernier mot de toute sonate possible. Et seul le silence peut la suivre… » Selon ses esquisses, Beethoven aurait cependant prévu une articulation en trois mouvements : il y aurait renoncé face au caractère
« définitif » de l’Arietta. Après sa mort, les interprétations les plus folles bourgeonnent de toutes parts. Pour justfier ce diptyque qu’est l’opus 111, le chef Hans von Bülow recourt au concept hindou de la destinée des âmes: « À la souffrance et à la douleur qui assaillent les êtres engagés dans la roue des métamorphoses […] succède dans la seconde partie de la sonate le senti- ment du Nirvâna qui est la dilution dans le non-être.» En 1880, Wagner y voit, lui, une véritable «doctrine» qu’il n’hésite pas à reprendre à son compte: «Le premier mouvement est la volonté dans la douleur et son héroïque désir ; le second est la volonté apaisée, comme l’homme la possédera lorsqu’il sera devenu raisonnable, végétarien. » Pauvre Beethoven…

 

LUDWIG VAN BEETHOVEN
Sonate pour piano
en mi majeur op. 109
LUDWIG VAN BEETHOVEN
Sonate pour piano en la bémol majeur op. 110
LUDWIG VAN BEETHOVEN
Sonate pour piano en do mineur op. 111

Elisabeth Leonskaja
Piano

Production :
Association Ensemble enScène