Les Timoniers de l’ombre

Manifeste des coulisses

 

 

 

 

 

 

 

30 avril 2021

Aujourd’hui, une plume a pris la parole…

Au théâtre, les uns manipulent des outils et construisent des lunes, les autres embrasent des fourneaux pour régaler les convives, certains jonglent avec des aiguilles sur des tapis d’étoiles, et il en existe qui manient les mots afin qu’une histoire ne s’oublie pas. Quand je croise le chemin de Brigitte au TKM, elle a toujours une plume à la main et un carnet ouvert. Brigitte Prost, c’est une scientifique du théâtre, une chercheuse. Dans son laboratoire, à l’université Rennes 2, elle étudie l’histoire et la poésie et emmène avec elle les curieux, les apprenants et les passionnés à découvrir nos récits fondateurs.

Depuis une année, elle observe avec attention l’activité des théâtres, comme on scrute les remous sur la surface d’un lac. Mais sous l’eau qui dort, la vie foisonne et elle le sait. Depuis les ombres, elle a rencontré ces hommes et ces femmes qui travaillent sans relâche pour que le théâtre survive. Elle a recueilli la parole de celles et ceux à qui on ne la donne habituellement pas et l’a préservée sur un parchemin, afin que tous, à défaut de l’entendre, puissent la lire.

Je vous invite à découvrir ces témoignages, recueillis avec soin, qui paraitront dans les semaines à venir. Dans l’attente, voici un préambule qu’elle a rédigé sous la forme d’un manifeste : une lumière sur les ombres.

Quincha

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LES TIMONIERS DE L’OMBRE DU TKM
(Version courte)

 

Le Théâtre, votre Théâtre, est un navire qui n’a eu de cesse de manœuvrer dans cette tempête que traverse le Spectacle vivant — et le monde — depuis une année entière.

Par ces lignes, nous venons à vous, chers spectateurs, pour vous raconter ce que vous ne soupçonnez peut-être pas, et que nous aimerions partager avec vous, la vie du Théâtre et la vaillance de ses équipes, dans cette période de pandémie certes, mais aussi en tout temps !

Le Théâtre est une maison où s’exercent bien des métiers et à chaque spectacle dont vous retenez sans doute le nom de l’auteur, du metteur en scène et même de quelques acteurs, c’est en réalité une constellation de personnes profondément investies, de professionnels de ce secteur essentiel de nos communautés humaines, le Spectacle vivant (de la technique à l’administration) qui travaillent à la réalisation des projets artistiques qui vous sont présentés.

Au TKM, il y a ainsi bien des Timoniers de l’ombre auprès du Directeur, Omar Porras : en premier lieu, Florence Crettol, un phare dans la nuit, « à toutes les grandes affaires », mais aussi aux relations publiques et à la communication, discrète et efficace, Amy Berthomeaux également responsable de la billetterie et qui a été en lien directement avec vous, spectateurs, pour nos annulations, reports, remboursements…, ainsi que Céline Pugin et Marlyse Müller. Mais à leurs côtés, il y avait aussi Kathinka Salzmann, assistante du directeur, Vanessa Lopez à la médiation, Pierre-Alain Brunner, notre « responsable finances » ; investi sur bien des terrains comme assistant technique et « aux affaires organisatrices », Yoann Montandon ; au soin des costumes, Tania d’Ambrogio ; à la Direction technique, toujours dans la vigilance, Nicola Frediani — avec pour la régie lumière Marc-Étienne Despland, notre mémoire du Théâtre Kléber-Méleau (depuis vingt-cinq ans dans ses entrailles), pour la régie plateau, l’inventif Chingo Bensong, secondé par deux figures pétillantes et généreuses : Yvan Schlatter et Noé Stehlé, ainsi qu’un apprenti techniscéniste avide de tout expérimenter, Arno Fossati.

… Et last but not least en cette période où nettoyer les surfaces, frotter, astiquer, désinfecter, laver… est devenu un geste citoyen vital, Isabel Martins, pour l’entretien des locaux, comme jamais. Et pour n’oublier personne dans cette équipe permanente, citons encore Océane Wannaz pour de souriants accueils, ainsi que Lucie Berruex et Emmanuel Bertinotti, nos indispensables chefs culinaires, les « maîtres des cuisines »…

À ce premier cercle, il nous faut très vite ajouter bien d’autres personnes encore, contractuelles, mais régulières et engagées, comme notre graphiste Flavia Cocchi, nos constructeurs de décor avec Alexandre Genoud, Christophe Reichel, Léo Bachmann, Ben Tixhon, Roméo Bonvin, la peintre Sibylle Portenier, Domenico Carli (auteur, dramaturge, metteur en scène, pédagogue, comédien) et Jonathan Diggelmann (comédien investi à la communication), le compositeur du Conte des Contes et de Carmen, l’audition, Christophe Fossemalle, des dizaines et des dizaines de comédiens et autres artistes venus ponctuellement pour des créations in situ — Bruno Fatalot, Fredy Porras, Laurent Boulanger, Véronique Soulier-Nguyen, Gabriel Sklenar, Emmanuel Nappey, Benoît Fenayon, Amélie Kiritzé-Topor, Capucine Maillard, Marco Sabbatini, Jeanne Pasquier, Philippe Gouin, Mirabelle Gremaud, Simon Bonvin, Olivia Dalric, Alexandre Ethève, moi-même, Brigitte Prost, rédactrice associée au TKM (tout en étant enseignante et chercheuse à l’Université en Études théâtrales). Et la liste est loin d’être close !

Lorsqu’Omar Porras reçut le Prix de l’Anneau Hans-Reinhart, il s’adressa dans son discours à tous ses collègues, « acteurs, troubadours lucides, clowns célestes, artisans de l’ombre, Astronomes de l’âme ». Il profita de l’occasion pour « célébrer et prodiguer toute [s]a reconnaissance à l’énorme généalogie de collègues, d’amis, de personnes, de personnages, de créateurs et de créatures, la plupart bien réelles et fantastiques, et toutes encore bien vivantes dans [s]on cœur, de [s]on âme, de [s]on œuvre. […] Toute cette myriade d’hommes et de femmes, de voyageurs aventuriers du monde entier qui [l]’ont accompagné et qui [l’] accompagnent encore […] dans des péripéties abyssales, le purgatoire de la reconnaissance et le paradis de la création. »

C’est sur eux que nous souhaitons déplacer le projecteur, à travers une galerie de portraits, pour que vous sachiez qui ils sont, ce qu’ils font, et combien leur métier est important dans le délicat écheveau du Spectacle vivant.

À la suite de ce texte introductif à valeur de manifeste, vous l’entendez… (dont la version longue vous invite en sus à partager une rétrospective de l’année passée), nous vous proposerons jusqu’à cet été, à intervalles réguliers, des portraits qui seront des traversées de vie, la mémoire de pans de notre histoire du théâtre — une façon de découvrir les arcanes d’un lieu de création artistique, des loges aux coulisses en passant par l’atelier de couture, les ateliers de construction, l’administration, la régie et les passerelles — tout ce qui se déploie au-delà de la salle et du foyer !

Au sein du TKM, chacun de nous nourrit ce rêve de l’accomplissement artistique, qui nous fait sculpter une phrase au plateau comme une pièce de bois, la reprendre et la reprendre encore pour l’alléger tout en assurant sa solidité, travailler au montage d’un décor, à ses patines, tout en domptant les matières (du bois aux métaux les plus résistants), à la réalisation de masques, d’accessoires, de costumes ou de perruques, avec cette exigence d’un artisanat pensé comme un bien commun, un savoir à faire perdurer, à transmettre, un ensemble de gestes défiant le temps et transcendant les silences de l’Histoire.

Directeur artistique, administratrice, responsable de la communication et de la médiation, constructeur de décor, scénographe, accessoiriste, artificier, dompteur de fumée, créateur son ou lumière, metteur en scène, dramaturge, comédien, perruquière, costumier, couturière et habilleur, directeur technique et régisseur plateau… : les métiers du spectacle sont (toujours) bien vivants au TKM — et nous allons vous en parler !

Brigitte Prost