Rasa

Dans votre tête

Une indienne chante pour la lune

Des hommes se préparent au rituel

Tous goûtent la saveur des passions

Le savoir des anciens

Le privilège du présent

 

Acteurs en dieux vivants

Rien qui tienne à l’ordinaire

Si ce n’est le goût des corps

Celui du pouvoir

L’assouvissement des désirs

Au plus vite

Au plus droit

Au plus sanglant

Si possible

 

Les rythmes envoûtent

Comme les corps agiles

Exécutant les gestes du grand code

Sans effort apparent

Avec la grâce d’enfants

Leur fraîcheur

Leur talent

Atteinte au-delà du supplice

Dans les heures de travail

Règle de fer et vie dédiée

 

Ce que l’Inde évoque en vous ?

Le très mystérieux

Le très lointain

Le très ayurvédique

L’immensité du Gange

Le cloisonnement des castes

Les enfants perdus adoptés

Les prouesses du microcrédit

Les tigres en forêt sombre

Une berline décapotable d’époque coloniale

Aussi imposante qu’un navire sans tête

D’un côté le faste, de l’autre la misère

Mère Teresa peut-être ?

 

A présent s’adjoignent à votre esprit

Des plastiques retroussés pour faire bouffer des jupes

Des bouts de laine figurant les tripes jaillies d’une plaie

Des démons et démones battant le rythme

Des pieds posés sur la tranche

Des yeux mobiles à l’extrême

Des maquillages interminables

Des coiffes étagées brillantes

Des ongles métalliques démesurés

Et des voix envoûtantes, intenses ou murmurées

L’amour physique donné comme joie pure

Une ritualisation de l’espace et du temps

Qui vous emmène ailleurs partout

Instantanément

 

De la salle abasourdie

Quand vous en sortirez

Faisant de l’ordre dans vos pensées

Surgira Barthes et son art des formules

« Nul pouvoir, un peu de sagesse,

un peu de savoir et le plus de saveur possible. »

Vous en sourirez, bien sûr

Et choisirez ce mot

« Rasa », sanskrit, qui signifie saveur.

 

Odile Cornuz, février 2018