Odile Cornuz

Auteure en résidence

Pour la troisième saison consécutive, Odile Cornuz accompagne de sa plume et de sa présence attentive la vie de ce théâtre. Jusqu’à présent, elle a accompagné Omar Porras dans quelques explorations poétiques (avec Novalis, Musset – et Satie, qui n’écrivait pas que des notes!). Pour Amour et Psyché, elle a aussi contribué à l’adaptation de Marco Sabbatini avec Omar Porras et elle a soutenu le processus de création comme assistante à la mise en scène. La saison prochaine, elle sédimentera ces expériences et publiera un nouveau livre. Son regard vous intéresse ? Reportez-vous à l’onglet qui lui est dédié sur notre site internet, elle y place ponctuellement ses écrits.
Vaudoise d’origine, Odile Cornuz vit à Neuchâtel. Elle est l’auteure de récits, de pièces de théâtre, d’œuvres radiophoniques et d’essais littéraires. Elle a bénéficié de résidences d’écriture à la Comédie de Genève, au Royal Court Theatre de Londres, à Berlin et aussi avec Textes-en-Scènes. Ses textes ont été montés par Robert Sandoz, Anne Bisang, Anne-Cécile Moser, Georges Guerreiro, et mis en ondes par Jean-Michel Meyer pour Espace 2. Elle a également achevé un doctorat en littérature française à l’Université de Neuchâtel. Sa thèse, portant sur le livre d’entretien d’écrivain comme genre, est parue chez Droz en 2016.
En 2017, la Cie 5/4 la sollicite pour L’Éclipse du coq, une création au Théâtre du Jorat à Mézières, composée par Lee Maddeford et Daniel Perrin. Odile Cornuz donne régulièrement des lectures publiques, seule ou en bonne compagnie, par exemple en Jukebox – avec la complicité d’Antoinette Rychner et Robert Sandoz – ou en Bal littéraire, formule joyeusement orchestrée par Fabrice Melquiot.

son site internet

Publications

  • Terminus et Onze voix de plus, L’ Age d’Homme, 2013
  • Pourquoi veux-tu que ça rime ? D’Autre part, 2014
  • Biseaux, D’Autre part, 2009 (Prix Anton Jaeger 2010)
  • Biseaux, D’Autre part, 2016 ( réédition revue par l’auteure)
  • Cicatrice, « Théâtre en Campoche », Campiche, 2008
  • Terminus, L’Age d’Homme, 2005

SOUVENTES FOIS…

Que fais-tu là ?

J’écoute. Je regarde. J’engrange. Je digère. Je parle parfois.

Et ça te suffit ?

Ça me prend tout mon temps. Ça requiert toutes mes facultés.

Depuis quand ?

Oh, depuis l’enfance, la toute petite enfance.

Et jusqu’à quand ?

Je ne sais pas encore – connaît-on la date de sa propre mort ?

Qu’en résulte-t-il ?

Je goûte peu la logique du résultat. Je préfère le rythme des marées, même dans une contrée si peu maritime. Je préfère le va-et-vient, ce qui est offert et ce qui se refuse, la beauté du geste pour le geste (et le geste peut devenir note, peut devenir mot, partition ou manuscrit – ou demeurer geste)…

L’Art pour l’Art ?

Non, l’art pour la vie, les arts pour soutenir les humains que nous sommes, imparfaits et boiteux, jaloux et vaniteux, vindicatifs, violents. Amoureux, tristes, exaltés, virevoltants et renfermés. Porteurs d’espoirs et de tragédies, gros de secrets, assoiffés de tendresse. Toujours humant l’ailleurs, l’à-côté, le large, les appels de phares au lointain, les cris de goélands. Portés vers le voyage, l’échappée belle, la sortie du quotidien et de ses pièges (les visages qu’on ne voit plus, les chemins éculés, les hontes bues et rebues, les indélicatesses sans conséquences, les divers relâche- ments musculaires). L’art: pour soutenir ces désirs immenses, plus hauts que les montagnes, plus larges que l’océan, plus profonds que ton cœur.

L’ART : POUR SOUTENIR CES DÉSIRS IMMENSES…

Qui es-tu pour prétendre connaître mon cœur ?!

Celle qui écoute. Celle qui regarde. Celle qui engrange et digère, parle parfois – et écrit surtout. Celle-ci connaît ton cœur mieux que toi-même.

Parles-tu souvent de toi à la troisième personne ?

C’est une marque de faiblesse, je te l’accorde, que de s’embrouiller dans les conjugaisons, mais comprends-moi, je suis percluse de rêves et de personnages. Tu en fais partie, avec moi. Nous voici mouvant dans les sables et les rythmes inconnus de l’avenir tissé au présent. Le tu est à toi, le je me glisse entre les doigts, le nous fait parfois violence, le on se glisse entre les pierres comme un poisson d’argent, le vous est péremptoire, le reste du pluriel désigne les autres et les place à distance. Tous dans le même bateau, me diras-tu ? En attendant la marée, pourquoi pas, afin de descendre à pied sec et rejoindre nos vies, vos vies, ta vie. Le quotidien d’où nous, vous, tu voudras à nouveau t’échapper. Trouve donc tes lieux d’évasion ! Vois le théâtre, engouffres-y tes désirs et tes craintes. Tu y reviendras, souventes fois… Et tu me demanderas ce que je fais là.

Odile Cornuz, le 30 mars 2017